The Power Pause
La maternité peut-elle être une pause bénéfique source de révolution personnelle?
J’aurais aimé vous trouver des punchlines à la façon d’un coaching personnel à l’américaine. Avec des phrases choc qui changeront vos vies, des témoignages inspirants et des étapes à suivre pour trouver le parfait équilibre entre vie professionnelle et vie de maman.
C’est un peu ce que Neah Ruch nous propose avec son livre “The Power Pause” et son sous-titre façon formule magique:
“How to plan a career break after kids and come back stronger than ever”.
“Stronger than ever” souligné en jaune, of course.
Et je dois avouer que lorsque j’ai découvert son travail et la communauté qu’elle a créée avec “Mother Untitled”, je me suis sentie concernée. Il y a quelque chose de rassurant avec les certitudes dont un certain pan de la culture américaine nous abreuve quotidiennement. Elle parvient à nous faire croire qu’en suivant ces conseils assurés, nous parviendrons effectivement à mettre notre vie sur les rails du bonheur optimisé enfin trouvé. Et au fond, c’est un peu ce qu’on recherche toutes.
Je n’ai pas encore transformé ma propre déroute en best practice pour mères perdues dans leur carrière. Ce que je peux vous proposer en revanche, c’est un récit sincère et sans artifice de ma recherche sur le chemin sinueux de l’épanouissement.
La vérité, c’est que quand j’ai quitté mon poste de direction adjointe chez Universal Music France un mois après mon retour de congé maternité, tout portait à croire que je l’avais décidé en pleine conscience. C’est aussi ce dont je m’étais convaincue. Mais contrairement au titre de ce livre qui suggère de “planifier” sa pause professionnelle, je n’avais rien anticipé. Tout s’est passé en moins d’une semaine, suite à quoi je me suis retrouvée seule dans notre appartement avec notre bébé que je m’étais empressée de retirer de chez son assistante maternelle de peur de ne plus pouvoir la payer. Tout cela ressemblait plus à un vent de panique qu’à un instinct de liberté, mais c’est moins romanesque.
Ce poste, qui représentait une promotion inespérée dans ma carrière à tout juste trente ans, m’avait été proposé alors que j’étais encore en congé maternité…au Japon! Je me revois donc dans un hôtel traditionnel japonais à Takayama, en train de décrocher mon téléphone avec le PDG de l’entreprise dans laquelle j’évoluais depuis trois ans. Ce voyage itinérant à l’autre bout de la planète avec un nourrisson de trois mois était aussi épique qu’il n’y paraît à la lecture de cette phrase. Le jour où cet appel téléphonique a eu lieu, est aussi celui où mon compagnon était roulé en boule dans le lit de l'hôtel en plein burn out parental à ma droite et où mon fils hurlait de douleur car il sortait déjà ses premières dents sans que je le sache à ma gauche. Ça non plus, je ne l'avais pas anticipé. J’acceptais donc, à quelques 9000 kilomètres de là, mon fils encore au sein, le changement de poste qui allait tout faire basculer.
Tout a basculé car mon fils avait quatre mois lorsque j’ai repris le travail et que je ne le voyais qu’une heure par jour en semaine. Le soir, malgré mes efforts pour pédaler à toute vitesse sous la pluie en plein mois de janvier afin de le retrouver au plus vite, j'arrivais systématiquement trop tard. Il s’endormait généralement sur le biberon que son père lui donnait en tentant vainement de le maintenir éveillé jusqu’à mon retour. Le week-end, j’étais épuisée. Je n’avais guère le temps, ni l’énergie, de dépenser le salaire conséquent que je gagnais. L’argent ne m’apparut vite plus comme un argument valable à la somme de mes renoncements personnels. Lorsque je manifestais le besoin d’un rapide temps de réflexion afin de programmer un énième déplacement, mon N+1 (est-il nécessaire de le préciser? Il s’agissait d’un homme de cinquante ans dont les enfants étaient déjà au lycée et qui percevait d’un mauvais oeil mon arrivée à sa direction adjointe que le PDG lui avait imposé), me répondait “bah ouais, fast life!”. Et le jour où je lui ai confessé, après trois semaines à tenter de faire rentrer des carrés dans des ronds, que j’avais des doutes sur ma capacité à être à la hauteur de la situation il me répondit: “si tu ressens cela maintenant, il n’y a aucune raison que ça change dans six mois”. En 48 heures, la direction était prévenue et je n’étais plus dans les boucles de mails. C’était vertigineux.
En lisant Neah Ruch, je me suis sentie mieux comprise. Avant tout car elle nous autorise à changer de priorité, un temps donné, au profit de nos enfants, sans culpabiliser et de revenir - oui pourquoi pas - même plus puissantes ensuite dans notre carrière.
“Ce n’est pas une césure dans la carrière, c’est un chapitre au sein duquel une personne a modifié ses priorités et a appris qui elle était et ce qu’elle pouvait et voulait vraiment faire.”
Je sais que certaines d’entre vous sont actuellement dans ce chapitre de leur vie. C’est pourquoi je vous partage les propositions de réponses de Neah Ruch à la question tant redoutée: “Que fais-tu dans la vie”? J’ai moi même tant de fois bégayé ces derniers mois à cette question banale qui nous fait nous interroger sur nos choix de vie et notre identité même. Elle conseille tout d’abord de souligner l’aspect éphémère de notre situation en commençant par répondre: “en ce moment”. “En ce moment, j’ai l’opportunité d’être prioritairement avec mes enfants” ou bien “J’ai fait le choix de réduire mon temps de travail, ce qui me permet de passer plus de temps avec mes enfants et de développer d’autres projets”.
La réponse à l’interrogation que soulève cet article sur la possibilité d’une révolution personnelle par le prisme de la maternité se drape de nuances. Il me semble que la maternité, en raison du changement parfois radical qu’elle engendre dans nos vies, peut offrir une occasion précieuse de profonde remise en question et, si l’énergie nécessaire est trouvée, d’une renaissance y compris sur le plan professionnel. En ce qui me concerne, le renoncement fut grand et après cinq ans, je suis sur le chemin d’un nouvel épanouissement professionnel qui doit sans cesse être défendu. Cependant, la seule certitude que je m’octroie est la suivante: chaque seconde passée auprès de mes enfants en vaut la peine.
Tandis que j’écris cette newsletter à la lumière feutrée de mon chevet, mon fils aîné endormi dans le lit près de moi, je pense à vous qui traversez peut-être des nuits sans sommeil à nourrir vos nourrissons, à cogiter d'anxiété pendant votre grossesse, ou à rassurer un enfant qui fait des terreurs nocturnes, j’ai envie de vous partager cette chanson de Solann “Insomnie”. Si on écoute bien les paroles, on se doute bien qu’elle ne l’a pas écrite en pensant à l’enfant qu’elle n’a pas encore. Mais cette chanson est douce comme une berceuse et je suis sûre qu’elle trouvera un écho dans vos nuits de mères courages:
Toi tu me voles mon sommeil
T'es dans ma tête sans pression
Je passe de la lune au soleil
Dans un tourment qui porte ton nom
(...)
Mais tu restes mon insomnie préférée
Et tout le reste a tendance à s'effacer
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Envoyez-moi vos témoignages!
Merci, humblement.
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Hum la vérité, c’est qu’on est poussé dehors et que la place est vite prise ensuite alors qu’il y aurait des aménagements à trouver, la pression est telle qu’il est impossible de suivre le rythme, c’est violent et injuste et après on fait comme on peut pour recoller les morceaux et se raconter une autre histoire pour retrouver de l’allant et l’énergie de se battre pour soi-même… mais ça demande une force colossale, donc force force à nous toutes 💜